venerdì 9 maggio 2008

Mawqif 221 - Les deux morts

Les deux morts

Allah-qu'II soit exalté!- a dit: 
"N'est-ce pas à Allah que toute chose retournera ?" (Cor. 42: 53)

"C'est à Lui que tout reviendra" (Cor. 11: 123)

"Et vous serez ramenés à Lui" (Cor. 10: 56)

"C'est à Lui que vous reviendrez" (Cor. 6: 60)

ainsi que d'autres paroles analogues.

Sache que le devenir de toute chose la reconduit à Dieu et que c'est à Lui qu'elle retourne. Ce retour à Lui des créatures se produit après la Résurrection, et cette dernière fait suite à l'anéantissement des créatures. Mais, comme l'a dit le Prophète - sur lui la Grâce et la Paix !- "Celui qui meurt, pour lui le jour de la Résurrection s'est déjà levé."

Or il y a deux sortes de morts: la mort inévitable et commune à tous les êtres et la mort volontaire et particulière à certains d'entre eux. C'est cette seconde mort qui nous est prescrite dans la parole de l'Envoyé d'Allah: "Mourez avant de mourir." Celui qui meurt de cette mort volontaire, la résurrection pour lui est accomplie. Ses affaires reviennent à Dieu et ne sont plus qu'une. Celui-là est revenu à Dieu et il Le voit par Lui. Ainsi que l'a dit le Prophète - sur lui la Grâce et la Paix !- selon une tradition mentionnée par Tabarani: "Vous ne verrez pas votre Seigneur avant d'être morts"; et cela parce que, dans la contemplation de ce mort-ressuscité, toutes les créatures se sont anéanties, et que pour lui ne subsiste qu'une seule chose, une seule Réalité. Tout ce qui sera le lot des croyants dans leurs états posthumes est préfiguré à un degré ou à un autre dès cette vie pour les initiés. Le "retour" des choses-considérées sous le rapport de [la diversité de] leurs formes - à Allah, au terme de leur devenir, n'exprime qu'un changement de statut cognitif et non point une modification de la réalité. Celui qui meurt et pour qui s'accomplit la résurrection, pour celui-la, le multiple est Un, en raison de son unité essentielle; et l'Un est multiple en raison de la multiplicité en Lui des relations et des aspects.

Les essences (al-a'yan) - que certains appellent aussi les substances (al-jawahir) - ne disparaissent jamais. La "création nouvelle", qui est permanente en ce monde et dans l'autre, concerne seulement les formes, qui ne sont que des accidents. Et tout ce qui n'est pas l'Être absolu - qui appartient à Dieu- est accident. 

Mawqif 220 - "Qu'a donc perdu celui qui T'a trouvé?"

"Qu'a donc perdu celui qui T'a trouvé?"

"Et si vous êtes patients- certes cela (huwa) est meilleur (khayr) pour ceux qui sont capables d'être patients" (Cor. 16: 126).

Dans ce verset, Allah console Ses serviteurs patients dans les épreuves en annonçant qu'il est Lui-même le substitut et le remplaçant de ce qu'ils ont perdu et qui agréait à leurs dispositions naturelles. Être patient consiste en effet à contraindre l'âme à accepter ce qui lui répugne; et elle éprouve de l'aversion pour tout ce qui n'est pas en accord avec sa prédisposition dans l'instant présent, même si elle sait que cela sera un bien pour elle par la suite. La douleur psychique (nafsani) et naturelle que les âmes ressentent lorsqu'elles sont ainsi contraintes ne peut être repoussée que si un état spirituel puissant et dominateur s'empare d'elle et leur fait oublier ce qui cause leurs souffrances et ce qui leur aurait donné du plaisir. C'est parce que l'homme ne peut, de lui-même, échapper à cette douleur que les plus grands saints ont pleuré, gémi, soupiré, demandé secours et prié que ces souffrances leur soient épargnées. Il n'en va pas de même pour la souffrance spirituelle (ruhani), que l'homme est capable de repousser. Aussi voit-on les saints se réjouir intérieurement, heureux, satisfaits, sûrs que ce qu'Allah a choisi pour eux est ce qu'il y a de meilleur, tranquilles devant la souffrance [spirituelle] qui les atteint. Aucune chose n'est déplaisante et mauvaise par essence, mais seulement par rapport aux "réceptacles" et aux prédispositions des corps physiques. Si l'on considère à présent les êtres sous le rapport de leurs réalités métaphysiques (al-haqa'iq al-ghaybiyya), tout ce qui leur advient leur convient. Plus encore: rien ne leur advient qui ne soit exigé par leur nature essentielle.

Allah a donc annoncé à ceux qui supportent avec patience la perte de ce qui leur est agréable - santé, richesse, grandeur, sécurité, possessions et enfants - que "Lui" [car tel est le sens propre du pronom huwa rendu plus haut par "cela" conformément à la manière dont ce verset est habituellement compris] est meilleur (khayr) pour eux que ce qu'ils ont perdu: car ceux-là savent que "Lui" [qui est le Nom de l'Essence suprême absolument inconditionnée] est leur Réalité inséparable et leur refuge nécessaire, et que les choses agréables qu'ils ont perdues étaient de pures illusions (umur wahmiyya khayaliya).

Allah - qu'II soit exalté ! - a employé ici le terme lahuwa, "certes Lui"; or le huwa est la Réalité insaisissable, inconnaissable, qui ne peut être nommée ou décrite. Il est le Principe non manifesté de toute manifestation, la Réalité de toute réalité. Il ne cesse ni ne se transforme, ne part ni ne change. Huwa n'est pas employé ici comme pronom de la troisième personne - la personne absente -grammaticalement corrélative d'une première personne - celle qui parle - et d'une deuxième - celle à qui l'on parle [ce qui impliquerait une multiplicité que transcende infiniment le huwa métaphysique]. Allah n'a pas dit: la-ana, "certes Moi", car le pronom ana a un caractère déterminateur puisqu'il implique la présence. Or tout ce qui est déterminé est par là même limité.

Quant au terme "meilleur" (khayr), c'est [grammaticalement] un élatif qui suppose donc comparaison entre deux termes qui ont entre eux quelque chose de commun. Certes, rien de commun et aucune comparaison ne sont concevables ici: mais Dieu parle à Ses serviteurs le langage qu'ils connaissent et les conduit par les chemins qui leur sont familiers. Sinon, qu'y a-t-il de commun entre l'être et le néant ? Et comment comparer la réalité et l'illusion?

Celui qui a trouvé Allah n'a rien perdu; et celui qui a perdu Allah n'a rien trouvé. C'est ce qu'on lit dans les oraisons de Ibn 'Ata Allah.

"Qu'a donc trouvé celui qui T'a perdu? 
Et qu'a donc perdu celui qui T'a trouvé ?"

Mawqif 180 - "Ô, toi, âme pacifiée

"Ô, toi, âme pacifiée"

retourne vers ton Seigneur, agréante et agréée
Entre parmi mes Serviteurs
Et entre dans Mon paradis" 
(Cor. 89: 27-29)

Cette âme que son Seigneur interpelle ainsi, en la décrivant comme "pacifiée, agréante et agréée", Il lui ordonne- et cet ordre est en fait une autorisation, une permission et une marque d'honneur -d'entrer parmi Ses serviteurs, ceux qu'il s'attribue expressément, qui ont été choisis par Lui. Il s'agit là de ceux qui connaissent leur véritable relation à la servitude et à la Seigneurie, c'est-à-dire de ceux qui savent qu'en nommant le "serviteur" on ne désigne pas autre chose qu'une manifestation particulière du Seigneur telle que la conditionnent les caractéristiques du serviteur: la Réalité essentielle est "Seigneur", la forme extérieure est "Serviteur". Le serviteur est un "Seigneur" manifesté sous la forme d'un "Serviteur" et, sous l'apparence de l'adorateur, c'est Lui-même qui S'adore Lui-même.

L'entrée dans Son paradis (fi jannatihi) consiste pour le serviteur [conformément au sens de la racine JNN] à s'occulter (ijtinan) dans Son Essence. Celui qui y parvient a traversé les voiles des créatures et des Noms divins. Pour lui se sont évanouies les déterminations créaturelles illusoires qui n'ont de réalité qu'au niveau des perceptions sensibles. N'étaient ces perceptions, il n'y aurait que l'Être pur, absolu.

Alors, la créature étant "enveloppée" par Dieu, son ipséité disparaît - sous le rapport de son statut existentiel, mais non sous celui de la réalité permanente. Au contraire, quand l'Ipséité divine est "enveloppée" par la créature, elle demeure dans son immuable transcendance et n'est jamais affectée par aucun changement.

Cette interpellation et cet ordre divin ne s'adressent cependant à l'âme que lorsqu'elle a dépassé l'étape de la "science de la certitude" pour atteindre celle de la "réalité de la certitude", grâce à l'expérience spirituelle authentique et au dévoilement parfait, et cela à propos de deux choses.

Il faut en premier lieu que cette âme ait la certitude que Dieu est un Agent libre qui fait, conformément à Sa science et à Sa sagesse, ce qui convient, comme il convient, dans la mesure qui convient, au moment qui convient; avec pour conséquence que, sous quelque rapport ou de quelque point de vue que ce soit, il ne peut y avoir d'acte plus parfait et plus sage que celui-là, et que si le serviteur avait accès à la Sagesse divine et à la connaissance de ce qu'exigent les circonstances, il ne choisirait pas d'accomplir un autre acte que celui-là. Dès lors que l'âme possède cette certitude, elle atteint la station de l"'agrément" à la volonté d'Allah, elle est "pacifiée" et l'accomplissement des décrets divins n'ébranle pas son immuable sérénité.

En second lieu, elle doit avoir la certitude, fondée sur l'expérience spirituelle et le dévoilement intuitif, que Dieu est le seul Agent de tout ce qui procède de Ses créatures sans aucune exception. Que la créature joue, par rapport à un acte donné, le rôle de cause, de condition ou d'empêchement, c'est en réalité Dieu qui "descend" du degré de Son absoluité - sans cesser pour autant d'être absolu -dans cette forme qu'on appelle condition, cause ou empêchement. Il fait ce qu'II fait au moyen de cette forme. Il pourrait s'en passer s'Il désirait agir sans elle, mais tel est Son libre choix et telle est Sa sagesse. L'acte est donc attribué à première vue à cette forme, alors qu'il n'appartient réellement qu'à Lui, seul, sans associé.

Alors l'âme sera "agréée" auprès de son Seigneur, puisque d'elle ne peut procéder aucun acte, et que par conséquent rien ne peut faire qu'elle cesse d'être agréée. L'agrément et l'amour de Dieu pour Ses créatures constituent l'état originel. C'est par eux qu'il les a existenciées et ils sont la cause de cette existenciation. Celui qui sait qu'il ne possède ni l'être ni l'agir, celui-là se retrouve dans cet état originel d'agrément et d'amour divin.

Qu'Allah, de par Sa grâce et Sa générosité, nous place, nous et nos frères, au nombre de ceux qu'englobe l'interpellation de ce verset ! Ainsi soit-il! 

Mawqif 18 - Les deux voies

Les deux voies

"Et nous t'avons déjà donné sept redoublés" (Cor. 15: 87)

Celui qu'Allah a gratifié de Sa miséricorde en Se faisant connaître à lui et en lui faisant connaître la réalité essentielle du monde supérieur et du monde inférieur, si, en dépit de cela, il se met à désirer la vision du monde de l'occultation ('alam al-ghayb), de l'Imagination absolue (al-khayal al-mutlaq), et de tout ce qui échappe à la perception sensible en fait de formes illusoires, de pures relations dépourvues d'existence objective et qui n'ont d'autre réalité que celle de l'Être véritable (al wujud al-haqq)-car elles ne sont rien d'autre que Ses manifestations, Ses attributions, Ses relations objectivement non existantes - celui-là est dans l'erreur et contrevient aux convenances spirituelles.
Je suis de ceux qu'Allah a gratifiés de Sa miséricorde en Se faisant connaître à eux et en leur faisant connaître la réalité essentielle de l'univers par le ravissement extatique et non par le moyen du voyage initiatique ('ala tariqati l-jadhba, la 'ala tarît al-suluk). Au "voyageur" (al-salik) le monde sensible est d'abord dévoilé, puis le monde imaginal. Il s'élève ensuite en esprit jusqu'au ciel de ce bas-monde, puis au deuxième ciel, puis au troisième et ainsi de suite jusqu'au Trône divin. Tout au long de ce parcours, il continue néanmoins de faire partie des êtres spirituellement voilés aussi longtemps qu'Allah ne Se fait pas connaître à lui et n'arrache pas le voile ultime. Il revient ensuite par le même chemin et voit les choses autrement qu'il ne les voyait lors de son premier parcours. C'est alors seulement qu'il les connaît d'une connaissance véritable.

Cette voie, même si elle est la plus haute et la plus parfaite est bien longue pour le voyageur et l'expose à de graves périls. Tous ces dévoilements successifs sont en effet autant d'épreuves. Le voyageur se laissera-t-il arrêter par eux ou non? Certains s'arrêtent au premier dévoilement, ou au deuxième, et ainsi de suite jusqu'à la dernière de ces épreuves. S'il est de ceux que la providence divine a prédestinés au succès, s'il persévère dans sa quête, s'obstine dans sa résolution, s'écarte de tout ce qui n'est pas le but, il obtient la victoire et la délivrance. Sinon, il est rejeté du degré où il s'est arrêté et renvoyé là même d'où il était parti, perdant à la fois ce monde et l'autre. C'est pour cette raison que l'auteur des "Sentences" a dit: "Les formes des créatures ne se présentent pas au disciple sans que les hérauts de la Vérité l'interpellent pour lui dire: "Ce que tu cherches est devant toi ! Nous ne sommes que tentation ! Ne te rends pas coupable d'infidélité !" L'un des maîtres a dit aussi à ce sujet:

"Chaque fois que tu vois les degrés spirituels
déployer leur éclat
Écarte-toi, comme nous nous en sommes écartés !"

Lorsque de tels êtres parviennent enfin à la connaissance qui était leur but, ces dévoilements leur sont ôtés au terme de leur parcours.

Quant à la voie du ravissement extatique, elle est plus courte et plus sûre. Or y a-t-il, pour le sage, quelque chose qui égale la sécurité?

C'est à ces deux voies que Dieu a fait allusion dans le verset: "Et vous saurez alors qui est sur le chemin droit, et qui est conduit" (Cor. 26: 135). Cela signifie: alors, il vous sera révélé quels sont ceux qui sont parvenus à la connaissance de Dieu en parcourant la voie droite, médiane, sans détour, c'est-à-dire la voie d'Allah et de son Prophète, et quels sont ceux qui ont été "conduits", c'est-à-dire qui sont parvenus à la connaissance de Dieu sans accomplir le voyage initiatique, étape par étape, ni rien de ce genre, mais par le ravissement en Dieu et le soutien de Sa miséricorde. Celui qui est dans ce cas est le "désiré" (al-murad)', terme que l'on a défini comme signifiant "celui à qui sa volonté (ou son "désir": irada) a été arrachée" et toutes les choses ont été disposées d'avance en sa faveur. Celui-là traverse sans efforts toutes les formes et toutes les étapes. Le verset ne fait pas mention de ceux qui n'appartiennent à aucune de ces deux catégories et ne parviennent donc à la connaissance d'Allah, ni par le voyage initiatique, ni par le ravissement extatique.

Un jour, cette pensée me vint à l'esprit: "Si seulement Allah m'avait dévoilé le monde de l'imagination absolue!" Cette pensée persista pendant deux jours et provoqua en moi un état de resserrement (qabd). Tandis que j'invoquais Allah, Il me ravit à moi-même et projeta sur moi Sa parole: "Un Envoyé est venu à vous de vous-même" (ou: "de vos propres âmes", min anfusikum, Cor. 9: 139) et je compris que Dieu avait pitié de ce qui m'arrivait. Dans cet état de resserrement, je lui adressai, au cours d'une des prières rituelles, la demande suivante: "Ô mon Dieu, fais-moi réaliser ce qu'ont réalisé les Gens de la Proximité, et conduis-moi par la voie des Gens du ravissement extatique." J'entendis alors en moi-même: "J'ai déjà fait cela!" Je m'éveillai alors de mon inconscience et je sus que ce que je demandais, ou bien le moment de l'obtenir n'était pas encore arrivé, ou bien la Sagesse divine avait décrété que je ne l'obtiendrais pas, et que j'étais donc dans l'erreur en le demandant. J'étais semblable à celui que le roi convoque à sa cour et invite à s'asseoir auprès de lui pour lui tenir compagnie et converser avec lui et qui, malgré cela, souhaite voir les portiers du roi, ses garçons d'écurie et ses serviteurs, ou s'amuser sur les marchés. Je me retournai donc vers Allah et lui demandai de me faire réaliser, en fait de connaissance de Lui et de servitude, cela même en vue de quoi Il m'avait créé.

Une pensée semblable me survint une autre fois alors que je me trouvais à Médine - que Dieu la bénisse ! Je me préparais à invoquer Dieu lorsqu'Il me ravit à moi-même et projeta sur moi Sa parole: "Et Nous t'avons déjà donne sept redoublés, et le Coran glorieux. Ne dirige donc point ton regard vers ce dont nous avons concédé la jouissance à certains groupes d'entre eux!" (Cor. 15: 87, 88). Lorsque je retrouvai mes sens, je dis: "Cela me suffit ! Cela me suffit!" Cette préoccupation disparut alors complètement de mon esprit et je ne m'en souvins que beaucoup plus tard. 

Mawqif 7 - Dieu m'a ravi à mon "moi"

Dieu m'a ravi à mon "moi"

Dieu m'a ravi à mon "moi" [illusoire] et m'a rapproché de mon "moi" [réel] et la disparition de la terre a entraîné celle du ciel. Le tout et la partie se sont confondus. La verticale (tul) et l'horizontale ('ard) se sont anéanties. L'oeuvre surérogatoire a fait retour à l'oeuvre obligatoire, et les couleurs sont revenues à la pure blancheur primordiale. Le voyage a atteint son terme et ce qui est autre que Lui a cessé d'exister. Toute attribution (idafat), tout aspect (i'tibarat), toute relation (nisab) étant abolis, l'état originel est rétabli. "Aujourd'hui, J'abaisse vos lignages, et J'élève le Mien!"

Puis me fut dite la parole de Hallaj, avec cette différence qu'il la prononça lui-même alors qu'elle fut prononcée pour moi sans que je l'exprime moi-même. Cette parole, en connaissent le sens et l'acceptent ceux qui en sont dignes; en ignorent le sens et la rejettent ceux chez qui l'ignorance l'emporte.

Mawqif 7.